Le grès vernissé

Works

« C’est à toi, avant tous, que tu dois montrer l’inapparent ; pour toi, c’est vital »

Le nu dans les arts jouit du double mandat classique : la beauté, le symbole.
Flatter l’une et l’autre, c’est éluder le réel.
Les empreintes de corps de Gérard BIGNOLAIS, cuites à 1280 ° pour la période des grès vernissés, à une température moindre aujourd’hui pour les grès vernissés, traquent le réel sans alibi. Debout, son prénom pour titre, paupières closes (regard orienté vers l’inconscient), le « modelé » déchiffre sa vie sur son épiderme, carte d’identité du CORPS VRAI.
Pas de faux fuyant, pas de parure. Le modelé subit une épreuve dans la gangue, la peau alarmée soudain par une agression généralisée, pétrifiée dans l’instant. Angoisse…euphorie…Bignolais assiste, mène l’enquête, interroge la mue grandeur nature.

 Les CORPS VRAIS, exposés individuellement ou associés en installations, confrontent « le regardeur » au hors-là du monde, jettent le trouble parce que le mandat fait défaut, fait des faux. Ils ne sont ni « beaux » ni « symboliques » : ils sont. C’est « le premier qui dort qui réveille l’autre », décalé du contexte banalisé, alors que l’équation reste claire : identifier autrui, étalonner l’écart qui vous éloigne de son CORPS VRAI pour configurer le vôtre. Chaque prise d’empreinte guide l’expérience en crémaillère vers ce que le sculpteur redoute au fond de lui-même, et simultanément l’abrite en retardant l’échéance.
C’est irrésistible : Gérard Bignolais envisage de se faire mouler à son tour, de se faire en-terrer, réactivant ainsi le rituel sacrificiel du CORPS VRAI par un enjeu qui coûte, au risque de brûler ses ailes entre engagement et démarche : « et je vous attend avec les sel des spectres »

Yak RIVAIS,
Ecrivain et critique d’art , Paris, 2004