Le travail d’empreinte

Works

« Dans l’œuvre de Gérard Bignolais, la prise d’empreinte corporelle est le moteur même du processus de création. Le moulage est un moyen d’obtention une sorte de double du modèle de référence. D’évidence, il s’agit avant tout de privilégier la figuration dans l’œuvre finale.
Comme toute technique, le moulage nécessite des compétences qui ne sont acquises qu’avec une forte expérience. Mouler n’est pas à la portée de tous et prendre l’empreinte d’un corps humain demande un réel engagement physique et technique. Chaque acteur de la prise d’empreinte ne sort d’ailleurs pas indemne de cette expérience, qui est un moment unique et intense. Les modèles doivent être « préparés » physiquement et psychologiquement pour supporter d’être enfermés partiellement ou complètement dans la coque de plâtre. Leurs réactions sont souvent imprévisibles. Le corps répond parfois, sans contrôle possible, à cette situation, et chacun vit différemment sa « re-naissance » lors du démoulage. Une part de la personnalité du modèle s’inscrit dans l’œuvre, de même qu’une part du climat psychologique régnant lors de la prise d’empreinte. »

Nicole Crestou

Empreintes totales en platre pour coulage de la pierre blanche (sans cuisson)

Précisions et explications de Gérard BIGNOLAIS extraites de « Empreintes et sculptures du corps humain », édition E.C, 2006

 

REALISATION DE LA SCULPTURE : LE PASSAGE A L’ACTE

Remarque préliminaire importante 

Le principe même de la sculpture se trouve dans la programmation et la mise en acte de l’empreinte corporelle. Celle-ci effectuée, les pièces des puzzles identifiées et repérées, il me reste à les convertir en sculptures de pierre ou de terre, deux voies que j’ai explorées successivement pendant onze années pour la première et dix-huit pour la seconde.

A- Réalisation des positifs en pierre  blanche (à partir de 1978)

Le positif en pierre recomposée, nous ]’avons signalé, est toujours unique, ce qui implique un comportement particulier dans la phase de reconstruction de l’empreinte (le négatif).

a – La reconstruction de l’empreinte

Elle doit être travaillée de manière à obtenir un creux susceptible de supporter de fortes pressions. Le plâtre doit être dur et sec…Lors du remontage définitif, chaque pièce est retouchée (bouchage des soufflures) et collée dans l’ordre.

b – L’estampage ou le coulage de la pierre recomposée

 On façonne et on installe des fils de fer de sécurité…En fonction de l’accessibilité des surfaces habiller de pierre, cette pierre sera préparée très fluide et coulée pour les parties étroites, ou pâteuse pour les formes ouvertes. Pour diminuer le poids de la sculpture, on y inclut des noyaux en polystyrène expansé.

B – Réalisation des positifs en terre (à partir de 1988)

L’empreinte destinée à produire un positif en terre cuite peut être utilisée et interprétée plusieurs fois pour permettre !a réalisation de plusieurs sculptures « exemplaire unique ». Ainsi l’empreinte bénéficie-t-elle d’un statut particulier, conservée comme trace originaire et irremplaçable.
Elle peut être comparée à un négatif photographique ou à la plaque d’une pointe sèche ou d’une eau-forte : susceptible de diverses interprétations_ En ce sens on relève un déplacement des difficultés de réalisation pour la sculpture en terre par rapport à celle en pierre recomposée.
Les sous-ensembles de positifs en terre qui sont réalisés un à un par estampage de croûtes à l’intérieur des empreintes, doivent être remodelés – dans l’esprit de ma démarche actuelle- – mais en respectant ce qui caractérise l’individu modèle.

Empreintes partielles en platre (avant positifs en terre et cuisson)

Photographies Sabine Weiss
a – Reconstruction et aménagement de l’empreinte pour un positif en terre 

On procède à un pré-remontage comme pour la réalisation d’un positif en pierre.
Le positif peut être réalisé, avec une seule et même terre ou avec plusieurs terres différentes mélangées, suivant que l’on recher­che une surface non accidentée, ou au contraire « blessée ».

b – Estampage de la terre

Dans le premier cas, la terre est préparée en croûte d’épaisseur régulière et de dimension suffisante pour couvrir la surface d’empreinte à relever.
Si on utilise des terres mélangées, il est souhaitable de travailler à partir d’un projet définissant les terres choisies et les emplacements de chacune d’elles sur la sculpture.

Positifs en terre après empreintes partielles et avant cuisson

Photographies Sabine Weiss

CUISSON DES SCULPTURES EN TERRE

Une véritable géographie de la surface du corps est réalisée en juxtaposant plusieurs terres à grès. Des ajouts de porcelaine (kaolin) se rétractant au séchage et à la cuisson plus que l’argile, vont provoquer des fissures ouvertes signifiant des souffrances ou des blessures.
La mise en œuvre d’engobes, de salages localisés et de cuisson réductrice, accentue les effets visuels.

a-Cuisson de dégourdi 

Je cuis mes sculptures entièrement construites et d’un seul tenant dans des fours modulaires en fibres céramiques chauffées au gaz propane. Lorsque le séchage de la terre est complet, une première cuisson à 980° donne à la sculpture une résistance mécanique indispensable aux opérations ultérieures. Pour éviter de solliciter les jambes et surtout les chevilles, la pièce est placée horizontalement et calée dans le four. Cette cuisson doit être conduite lentement pour éviter une hétérogénéité de la température qui provoquerait des casses et ruinerait le travail.
Après un refroidissement lent, la sculpture est défournée pour être engobée avant la cuisson définitive à 1280°.

b-Cuisson de grès à 1280° avec salage et réduction 

S’il s’agit d’un personnage debout, la sculpture sera placée verticalement dans le four et calée avec des briques réfractaires pour cette deuxième cuisson.
A l’enfournement, des pots de sels sont installés près de la sculpture de manière à provoquer des hommages, des variations de textures et de couleurs ainsi que des glacis locaux.
Cette cuisson à I280° dure de 14 à 16 heures. Sans l’assistance d’un système de régulation automatique, le four doit être surveillé sans relâche du début à la fin. La sculpture est défournée après un refroidissement d’une durée de 48 heures.

c-Cuisson à 1109° avec enfumage  

L’enfumage consiste en une imprégnation plus ou moins intense des porosités de la terre par du carbone obtenu lors de la combustion lente et incomplète (à l’étouffée) de combustibles d’origine végétale (28.37).
Après une cuisson de dégourdi « dépassée » (1100°) et un refroidissement complet, la pièce est installée dans un four d’enfumage. Le combustible utilisé est principalement la sciure de bois.

Installation dans les fours de positifs en terre 

Photographies Sabine Weiss